Reconstruire un foyer quand on est déjà parent
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Le texte
suivant est l'oeuvre de Sylvie Cadolle.
Enseignante à l'IUFM de Créteil, Sylvie a réalisé sa thèse
de doctorat en sociologie sur la recomposition de la famille.
Elle a publié " Être parent, Être beau-parent " aux Éditions
Odile Jacob en juin 2000.
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Vous avez des enfants, mais vous êtes séparés de leur mère (ou
de leur père). Vous avez une relation affective et sexuelle avec quelqu'un
avec qui vous envisagez de cohabiter. Et vous vous demandez comment
cela
va se passer entre vos enfants et votre nouveau compagnon (ou compagne).
Voici quelques informations sur ce que la sociologie, ( à la suite d'enquêtes
comme celle que j'ai menée auprès de jeunes résidant en foyer recomposé)
peut vous apprendre à propos des familles recomposées puis quelques conseils
donnés par des psychologues.
1°) Quelques chiffres
Les démographes repèrent environ un million de foyers recomposés, c'est-à-dire
de foyers ou un ou des enfants vivent avec un parent et le conjoint
ou
le concubin de ce parent.
En 1994, 8,2% des jeunes de 13 à 18 ans résident dans un foyer recomposé.
Mais pour compter, on se heurte à une difficulté. Lors des recensements,
on ne compte que les enfants dont la résidence principale est fixée à
ce foyer. Mais si votre enfant a sa résidence prinicipale chez sa mère
et que vous le recevez une ou deux fois par semaine chez vous, son père
et sa belle-mère, vous n'êtes pas compté comme famille recomposée. Or,
votre mode de vie est très marqué par la présence intermittente de
votre enfant.
Il faut donc parler de réseau familial recomposé, d'autant plus qu'il
arrive très fréquemment qu'un arrangement de garde soit modifié quand
l'enfant grandit, et des parents de plus en plus nombreux pratiquent la
résidence alternée.
2°) Quelques définitions
A quel moment devient-on beau-père ou belle-mère d'enfants ?
Difficile à évaluer, car on ne se remarie pas toujours, loin de là, et
la remise en couple aujourd'hui est progressive. On passe des vacances
ensemble, puis on cohabite, et enfin, éventuellement on repasse devant
le maire. On reste longtemps « le copain de maman, la copine de papa »
et le passage au statut de parent n'est pas évident. L'arrivée d'un demi-frère
ou demi-soeur, si elle chagrine au début car c'est le signe que la rupture
entre les parents est irrémédiable, est finalement presque toujours une
étape positive. Le demi-frère est en fait un frère à part entière, même
si le grand frère ou soeur le voit seulement par intermittence et ne réside
pas avec lui.
3°) Et si votre compagne(ou compagnon) a elle-même des
enfants ?
On les appelle alors des quasi-frères ou soeurs : ils n'ont aucun
lien de sang, mais ils auront des souvenirs d'enfance en commun. Entre
eux, le lien ne sera familial que s'ils ont été élevés ensemble très jeunes.
Or, ils résident rarement ensemble (ce n'est le cas de 4,4 % des enfants
de foyers recomposés) puisqu'ils résident rarement avec leur père( 13
% des enfants de foyers recomposés). Ils ne s'entendent pas toujours si
bien que ça, surtout s'ils se sont rencontrés à l'adolescence. Cela dépend
vraiment de leurs personnalités. Ils peuvent être ressentis comme des
intrus, mal élevés, « pas gênés ». Parfois, au contraire, ils
sortent ensemble, ce qui signifie bien qu'ils ne se considèrent pas comme
frères et soeurs, l'interdit de l'inceste ne joue pas : ils ne se
sentent pas de la même famille.
Une foyer à quasi-frère ou soeur est en général plus fragile qu'une foyer
à demi-frère( 47 % des enfants en foyer recomposé vivent avec un demi-frère).
Contrairement à ce qu'on pourrait croire en regardant les familles recomposées
au cinéma ou à la télé, elles comportent rarement des enfants de trois
filiations. Quand on a déjà déjà des enfants tous les deux de son côté,
on est en général moins jeune que si un seul en a, et on en refait
rarement ensemble.
4 °) Quelle relation peut-il exister entre un beau-parent
et son bel-enfant ?
Toute la gamme de sentiments existent de l'amour comme entre parent
et enfant à l'exaspération et la haine.
Dans notre culture, le modèle de la parentalité est exclusif, on n'a
qu'une seule mère, un seul père. Jadis, les remariages suivaient des veuvages.
Le beau-père devait être appelé papa, la belle-mère maman : on substituait
le beau-parent au parent. Mais la belle-mère était moins mère que la mère,
ce qui est naturel, et c'est pourquoi marâtre a pris un sens péjoratif.
Aujourd'hui, avec la banalisation du divorce, on n'accepte plus que
l'un des parents perde son enfant, ni l'enfant l'un de ses parents.
C'est pourquoi
le beau-père n'a pas à prendre la place du père, ni la belle-mère celle
de la mère. Si la place est libre, parce que le parent a plus ou moins
abandonné l'enfant, il sera plus facile de devenir un parent de substitution,
surtout si le beau-parent est cautionné par la mère. Sinon, il faut qu'il
trouve une place d'adulte bienveillant, mais c'est difficile si l'enfant
est difficile ou mal élevé, car son autorité est rarement reconnue
par l'enfant.
En tous cas, un beau-père qui rend la mère heureuse et à qui elle a demandé
de l'aider à élever son enfant aura plus de chances d'avoir une relation
chaleureuse et éducative avec son bel-enfant qu'un beau-père que la mère
tient à l'écart ou avec qui elle ne s'entend pas très bien.
Une belle-mère qui a séduit le père (ou un beau-père qui a séduit la
mère, mais dans une mesure moindre) et est la cause de la rupture du couple
parental sera très mal acceptée par un enfant toujours très dépendant
des sentiments de sa mère, même si celle-ci ne dit rien contre la belle-mère.
Si l'enfant reste très entouré par ses deux parents, il va peu attendre
d'un beau-parent, et peu donner affectivement.
L'adolescence est de toutes façons un moment difficile. Si les conflits
parents-enfants s'atténuent de nos jours, ce n'est pas le cas des conflits
avec les beaux-parents, même s'ils sont souvent larvés. De nombreux jeunes
se disent hypocrites à l'égard de leur parent et ne leur disent pas ce
qu'ils pensent en fait du beau-parent, car ils reconnaissent à leur
parent le droit de vivre en couple.
Et il est plus facile d'être beau-père que belle-mère, car les femmes
s'occupant encore davantage que les hommes des enfants, beaucoup d'enfants
ont peu de contacts avec leur beau-père, sinon pour des loisirs choisis,
alors que les belles-mères sont souvent sur le front, devant batailler
avec leurs beaux-enfants pour en obtenir un comportement acceptable. Beaucoup
se plaignent d'être traitées en « bonniches » par leurs beaux-enfants.
5°) Quels conseils pour que cela se passe au mieux ?
D'abord, si vous êtes le père, (ou la mère, si vos enfants sont proches
de leur père) essayez de régler les conflits avec la mère des enfants.
Les conflits qui perdurent le plus ne sont pas ceux de l'abandon amoureux :
ils sont très douloureux, mais ils s'apaisent. Ce sont les conflits financiers.
Si vous quittez votre femme (ou votre mari), essayez d'être généreux (se),
(ou au moins scrupuleusement honnête), vous garderez son estime et elle
(il) ne se sentira pas trop dévalorisée(é). Et que le beau-parent s'efforce
de s'attirer la bienveillance du parent de même sexe.
Ensuite, vis-à vis de vos enfants, expliquez leur que le beau-parent
ne prendra pas la place de leur parent (sauf si ce dernier a disparu ou
est très lointain), mais que vous espérez qu'ils s'entendront bien. C'est
à vous de poser les règles de civilité et de savoir-vivre qui donnent
au beau-parent la possibilité de se sentir chez lui et à vos enfants celle
de se sentir chez eux. Le beau-parent est un adulte. Il a des droits et
des devoirs qui sont ceux de tout adulte vis-à-vis d'enfants. L'affection
viendra après, si elle vient. Elle n'est pas obligatoire.
N'attendez pas que votre conjoint, s'il a des enfants, soit aussi
affectueux et indulgent avec vos enfants qu'avec les siens. C'est irréaliste. Si
vous êtes le père, sachez qu'une mère est une mère, et vos enfants ont
leur mère. Leur belle-mère n'a pas à remplacer leur mère. Si leur mère
chez eux ramasse leur linge sale et fait leur lit, cela la regarde. Ce
n'est pas à la belle-mère de le faire. Si vous voulez les gâter comme
chez leur mère, occupez-vous en directement. Mais ce n'est pas forcément
ce qui est le mieux pour eux. A vous, le suivi du travail scolaire, le
sport avec eux, les sorties, les discussions, et de trouver des goûts
communs.
Etre un père séparé, cela veut dire être un père engagé. Et vous verrez
que vous allez découvrir une relation plus directe et plus profonde
avec vos enfants.
Quant aux mères, il sera important pour elles d'avoir été assez fermes
avec leurs enfants, car elles ne pourront guère compter sur l'autorité de
leur compagnon.
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