Les conseils de Maître Ribay de Villeneuve
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Le texte
suivant est l'oeuvre de :
Maître Catherine Ribay de Villeneuve,
avocat à la cour de Paris, mariée, 3 enfants.
Son cabinet est situé :
15 rue Duguay Trouin 75006 Paris
Tel : 01 42 84 04 40
Fax : 01 42 84 13 57
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LES PRÉCAUTIONS DE L'AVANT-DIVORCE
Dans la période précédant la décision
de divorcer, il y a d'abord des erreurs psychologiques à ne pas
commettre, pour ne pas obérer les chances ultérieures de concrétisation
d'un accord, ainsi qu'un certain nombre de précautions pratiques
à prendre. Il vous faut ensuite penser à la préparation de votre
dossier et à la manière d'introduire la procédure. Votre choix initial
de procédure va déterminer tout le déroulement de votre divorce.
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LES ERREURS PSYCHOLOGIQUES
A ÉVITER :
Dans quelques rares cas vous pouvez avoir
intérêt à prendre l'avantage sur votre conjoint ( par exemple, obtenir
l'autorisation du juge pour faire constater par huissier de justice, les
relations adultères de votre conjoint ). Le constat en main, votre conjoint
sera sans doute plus enclin à dialoguer et négocier.
A cette exception près, la grande règle
consiste à ne jamais prendre votre conjoint au dépourvu, mais au contraire
à le prévenir de vos intentions, puis de votre décision d'introduire la
procédure, dont il est généralement informé par une lettre de votre avocat.
Il est important que vous préveniez votre conjoint de l'arrivée de cette
lettre. S'il ne s'y attend pas, le choc qui en résultera pour lui sera
si brutal qu'il risque de se mettre en position de "guerre ouverte".
Si le dialogue a vocation à s'établir ultérieurement
entre avocats, c'est d'abord à vous de prévenir votre conjoint de vos
intentions.
Dans le même ordre d'idée, si vous décidez
de ne pas attendre de connaître la position de votre conjoint et de déposer
immédiatement une requête, faites en sorte que les faits et griefs qui
y seront exposés ne soient ni trop vexants ni trop brutaux à son égard.
Dans le cas contraire, blessé par des termes humiliants, votre conjoint
pourrait -définitivement- fermer la porte à toute négociation.
LES PRÉCAUTIONS PRATIQUES A PRENDRE :
Il y en a essentiellement quatre qui viennent
à l'esprit. L'abc du candidat au « grand départ »
procède des règles élémentaires du bon sens.
Première précaution
:
Ne pas quitter le domicile conjugal
sans y être judiciairement autorisé.
Votre réaction première peut être la tentation
de quitter le domicile conjugal. Votre conjoint peut même vous inciter
à en partir, en vous donnant toutes assurances qu'il n'en tirera pas ultérieurement
argument. Même dans le cadre d'un divorce par consentement mutuel, il
est prudent d'attendre que la requête soit déposée, avant de partir
de chez vous.
L'abandon du domicile conjugal est une
faute s'il implique l'intention de se soustraire aux obligations du
mariage,
et spécialement au devoir de cohabitation. En revanche, cet abandon ne
sera pas fautif s'il est justifié ou excusé par des motifs légitimes (notamment
les violences du conjoint). Il vous appartiendra toutefois de prouver
la réalité du motif légitime que vous invoquez pour justifier votre départ.
Le mieux est donc d'attendre d'être convoqué devant le juge qui, le jour
de la première audience, rendra une ordonnance par laquelle vous serez
autorisé à résider séparément de votre conjoint dès le jour même. Il faut
compter, selon les tribunaux, en moyenne un mois et demi entre le dépôt
de la requête et l'audience.
Si, pour des raisons de sécurité pour vous
ou pour vos enfants (par exemple, en cas de violences physiques de votre
conjoint), vous ne pouvez attendre la première audience pour quitter le
domicile conjugal, vous pouvez vous y faire autoriser par le dépôt d'une
requête dite avec demande de mesures urgentes. Dans ce cas, dès le dépôt
de la requête, le juge fixera la date de l'audience de tentative de conciliation,
et vous autorisera immédiatement à résider séparément de votre conjoint,
le cas échéant avec vos enfants, jusqu'à l'audience, mais à la condition
toutefois que ce soit vous qui vous installiez en dehors du domicile conjugal
(chez un parent, des amis, à l'hôtel, dans un foyer, etc.). Pour que ces
mesures urgentes aient une chance d'être accordées, il faut fournir à
votre avocat qui présentera la requête, en votre présence exigée par la
loi, des documents justifiant de l'urgence (certificats médicaux,
attestations, etc.).
Si vous êtes contraint(e) de quitter le
domicile conjugal sans autorisation judiciaire, il est prudent que vous
vous rendiez au commissariat ou à la gendarmerie dont vous dépendez, pour
y faire une déclaration dite "en main courante", qui n'a qu'une
valeur probante relative, mais constitue un élément de preuve à étayer
par d'autres.
Si vous partez de votre domicile
et si vous souhaitez obtenir l'hébergement principal de vos enfants,
ne partez jamais sans eux, car le magistrat risque ultérieurement de les
confier à votre conjoint, pour ne pas modifier leurs conditions de
vie existant au jour de l'audience.
A l'inverse, quelle réaction avoir en cas
d'abandon du domicile conjugal par votre conjoint, sans motif légitime
? Si votre conjoint va, par exemple, s'installer chez son amant ou sa
maîtresse, vous pouvez lui faire délivrer, par huissier de justice, une
sommation de réintégrer le domicile conjugal. S'il ne donne pas suite
à cette sommation, ou s'il ne trouve pas d'argument pour justifier son
départ, vous disposerez au moins d'un grief et d'un moyen de preuve.
Seconde précaution :
Dresser un inventaire des meubles et
objets mobiliers garnissant le domicile conjugal et, s'il y a lieu, votre
résidence secondaire.
Il
est assez fréquent que le conjoint se
venge en détruisant ou en vendant des objets personnels, bijoux, meubles
de famille, tableaux, etc., ou en les déplaçant. Vous ne les retrouverez
donc plus au moment du partage.
Il est donc prudent de demander à un huissier
de justice de venir dresser chez vous un constat des meubles et objets
mobiliers qui s'y trouvent. L'huissier n'a pas besoin d'être judiciairement
autorisé à le faire, puisque vous êtes encore chez vous.
. Réunissez, avant sa venue,
les factures attestant de la provenance et de la valeur d'origine
des meubles et faites les noter sur le constat.
. Prenez également des photographies
des meubles pour qu'elles soient visées par l'huissier et annexées à son
constat.
. Si vous avez des meubles ou objets
de valeur et que vous ne disposez d'aucune facture, il est conseillé de
faire venir en même temps un commissaire priseur qui en évaluera le montant,
à moins que votre contrat d'assurance multirisque habitation ne le mentionne
déjà expressément.
. Prenez soin de vous renseigner
sur les frais et honoraires qui vous seront demandés pour ces mesures
de constat et d'inventaire.
Troisième précaution : séparer vos intérêts
financiers
Demandez à votre
banque une situation de l'ensemble de vos comptes bancaires personnels
respectifs et communs avec
votre conjoint (comptes courants, PEL, CEL, CODEVI, etc.).
Vous révoquerez également les pouvoirs
donnés à votre conjoint sur vos différents comptes.
N'hésitez pas à prélever la moitié des
sommes déposées sur vos comptes communs, mais pas plus. En effet, les
époux se doivent loyauté dans la défense de leurs intérêts respectifs.
Si l'on ne peut pas vous reprocher de protéger équitablement vos intérêts
patrimoniaux propres (en mettant en sécurité la moitié des fonds communs),
on pourrait en revanche considérer que vous commettez une indélicatesse
aux dépens de votre conjoint en prélevant le tout (même si, en réalité,
vous n'avez pas l'intention de vous approprier la totalité des fonds).
Le plus urgent est ensuite de retirer votre
signature du compte joint ouvert au nom de "Monsieur et Madame".
Si vous n'aviez pas de compte joint, ouvrez-vous
un compte personnel, dans une autre banque - afin d'éviter d'éventuelles
saisies futures par votre conjoint - que vous alimenterez par vos salaires
ou autres revenus.
Si vous réglez des dettes communes (les
impôts par exemple) avec de l'argent commun, prenez soin de conserver
des traces écrites de toutes vos opérations bancaires (relevés de banque,
ordres de virement, etc.), afin de ne pas être accusé plus tard de détournements.
Quatrième précaution :
penser aux dispositions prises pour
l'avenir
Si votre conjoint était le bénéficiaire
désigné de contrats d'assurance vie ou décès, préférez-lui peut-être vos
enfants ou un très proche parent.
Pensez à révoquer vos donations (donation
au dernier vivant par exemple) ou à modifier votre testament (si vous
avez institué votre conjoint comme légataire universel par exemple).
LA CONSTITUTION DE VOTRE
DOSSIER
Avant de penser au "fond" du
dossier, il y a trois réflexes à avoir immédiatement, :
Premier réflexe :
Réunir tous les documents administratifs
et financiers
Si vous avez des scrupules à ne pas laisser
à la disposition de votre conjoint tous les documents administratifs et
financiers, faites en des photocopies et mettez-les en sécurité, chez
votre avocat par exemple. Rien de plus classique que les papiers qui disparaissent
- en particulier les feuilles de paie et les déclarations et avis d'imposition.
Pensez essentiellement aux documents suivants :
titre(s) de propriété, tableaux d'amortissement
des emprunts contractés, factures de charges, cartes grises des voitures,
déclarations d'impôts et avis d'imposition, dernières feuilles de paie
du conjoint, contrat de travail, derniers relevés de tous les comptes
bancaires, etc.
L'intérêt d'avoir ces documents est double
:
- d'une part, vous permettre d'établir
les revenus réels de votre conjoint ;
- d'autre part, vous permettre de réfléchir
au coût de votre train de vie actuel.
Second réflexe :
Etablir votre budget
Vous n'avez sans doute jamais calculé le
coût de votre train de vie. La situation de séparation dans laquelle vous
allez vous retrouver demain vous y oblige. Calculez au plus serré pour
déterminer la somme nécessaire à la couverture de ces dépenses. Vous serez
sans doute étonné de constater son importance. C'est cette somme qu'il
vous faudra soit obtenir sous forme de pensions alimentaires pour vous
et pour vos enfants, selon une répartition à convenir avec votre avocat,
soit verser à votre conjoint pour lui et vos enfants.
Les postes essentiels de ce budget seront
les frais minimaux pour assurer votre logement, votre entretien courant
et celui de vos enfants, vos déplacements, le paiement de vos impôts,
le coût des activités de loisirs (notamment les vacances),
les frais de garde ou de scolarité et activités extrascolaires de
vos enfants, etc.
Troisième réflexe :
Penser au "fond" de votre
dossier
Vous avez fait votre bilan financier,
vous commencez à formaliser vos demandes ou vos propositions. Il vous appartient
désormais de penser à la meilleure façon d'introduire votre demande, ou
d'y répondre si c'est votre conjoint qui est demandeur. C'est vous qui
allez permettre à votre avocat de vous conseiller utilement, en lui donnant
des éléments d'information sur la situation générale de votre couple
et la crise qu'il rencontre, sur la psychologie de votre conjoint,
sur les
enjeux financiers.
Ce premier rendez-vous que vous aurez avec
votre avocat est fondamental, car c'est à l'aide de ces informations qu'il
va déterminer avec vous la stratégie de votre divorce. Il est important
qu'au sortir de ce rendez-vous, vous ayez le sentiment de voir plus clair
au présent et que des solutions pour l'avenir soient élaborées.
Quelle que soit l'hypothèse, construire
son dossier, c'est réunir les éléments de preuve des griefs qu'on
sera peut-être amené à articuler contre l'autre. En droit français, si
vous ne rapportez pas la preuve de vos arguments, c'est comme si vous
n'aviez rien dans votre dossier.
Comment apporter la preuve des griefs ?
La preuve des griefs peut être faite par
tous les moyens, mais ceux qu'on rencontre le plus fréquemment sont les
attestations, les actes d'huissiers de justice, notamment le constat d'adultère,
puis, pêle-mêle, toute une série de moyens divers.
a) Les témoignages.
Les attestations que vous allez réunir
doivent émaner de personnes qui ont constaté par elles-mêmes une situation
donnée et qui vont pouvoir, par leur témoignage, mettre en valeur tel
ou tel grief articulé contre votre conjoint. Les membres de la famille
peuvent attester, au même titre que les amis, les voisins, etc., à l'exception
de vos descendants ou de ceux de votre conjoint.
La règle d'or d'une attestation : le témoin
doit être précis sur l'information donnée (dates, lieux, circonstances,
etc.) et ne pas relater ce qu'il a su par d'autres.
L'attestation doit impérativement être
entièrement manuscrite et comporter les formules usuelles. Une photocopie
d'un titre d'identité doit y être annexée.
b) Les actes d'huissiers de justice : sommations
interpellatives et constats divers.
Un huissier de justice est habilité à dresser
des sommations dites "interpellatives" (vous sommez votre conjoint
ou un tiers d'avoir à faire ou dire telle ou telle chose, l'huissier étant
en mesure de recueillir sa réponse et de la consigner par écrit)
ou des constats.
c) Le constat d'adultère.
Il est encore pratiqué. C'est le moyen
irréfutable de prouver les relations adultères de votre conjoint. Mais
il faut au préalable être autorisé par le juge pour faire dresser
un tel constat.
d) D'une façon générale, tout moyen.
Voici à titre d'exemple, quelques-uns des
moyens qu'il vous est possible d'utiliser : certificats médicaux, copies
des déclarations en main courante, lettres, journal intime, photographies,
enregistrements, rapports de détectives privés, relevés de comptes
bancaires, etc.
Sous
la rubrique « La
législation du Divorce », vous trouverez :
- les différents types de divorce,
- les problèmes clés du divorce et la pratique judiciaire,
- Les enjeux financiers.
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